Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/233

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blanche. Vronskï s’avança au milieu de l’orchestre, s’arrêta et examina le public, moins soucieux que jamais du spectacle qu’il connaissait bien, de la scène, du bruit de tout ce troupeau bizarre, peu intéressant, des spectateurs entassés dans la salle.

Dans les loges c’étaient les mêmes dames ayant les mêmes officiers derrière elles ; les mêmes femmes en toilettes voyantes, les mêmes uniformes, les mêmes habits noirs ; aux étages supérieurs la même foule malpropre et dans toute cette salle comble, dans les loges et les premiers rangs une quarantaine de personnes, hommes et femmes, représentant seules le monde. L’attention de Vronskï se porta aussitôt sur cet oasis.

L’acte venait de finir, c’est pourquoi, sans entrer dans la loge de son frère, Vronskï s’avança jusqu’aux premiers rangs des fauteuils et s’arrêta près de la rampe, à côté de Serpoukovskoï qui, l’ayant aperçu de loin, l’avait appelé d’un sourire.

Vronskï n’avait pas encore vu Anna et ne la cherchait pas ; mais, à la direction que prenaient les regards, il se douta de l’endroit où elle se trouvait. Il jeta un regard rapide autour de lui, sans l’arrêter de son côté. S’attendant au pire, il cherchait des yeux Alexis Alexandrovitch ; heureusement que celui-ci n’était pas au théâtre ce jour-là.

— Comme tu es resté peu militaire, lui dit Serpoukovskoï, tu fais l’effet d’un diplomate, d’un artiste.