Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/249

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veux en désordre, ses bras maigres nus jusqu’aux coudes, tournait la bassine à confitures au dessus d’un réchaud ; d’un air méchant elle regardait la framboise, désirant de tout son cœur que la confiture ne réussît pas. La vieille princesse, à qui était due l’introduction de cette nouvelle méthode, sentant peser sur elle la colère d’Agafia Mikhaïlovna, feignait de ne pas s’occuper de la confiture ; elle causait avec ses filles d’un air indifférent, mais surveillait la bonne du coin de l’œil.

— Moi, j’achète toujours moi-même l’étoffe pour les femmes de chambre… disait la princesse continuant la conversation commencée… Il faudrait peut-être écumer, ma chère ? ajouta-t-elle s’adressant à Agafia Mikhaïlovna. Tu n’as pas besoin de le faire ; c’est trop chaud… dit-elle arrêtant Kitty.

— Non, c’est moi qui le ferai, dit Dolly ; et, se levant lentement, elle se mit à passer la cuiller sous l’écume qu’elle secouait ensuite sur une assiette déjà couverte d’écumes de diverses couleurs : rose ou jaune, et de sirop.

« Comme ils lécheront cela avec le thé », se dit-elle pensant à ses enfants, et se souvenant qu’étant petite, elle s’étonnait de voir que les grandes personnes ne mangeaient pas l’écume, le meilleur selon elle.

— Stiva prétend qu’il vaut mieux donner l’argent, dit Dolly, continuant la conversation sur la