Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/25

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— Certainement, mais il ne l’avouera pas, dit Katavassov, riant à gorge déployée.

— Eh bien ! la fenêtre est ouverte… Partons tout droit à Tver ? Il y a un ours, on peut aller le surprendre. Allons ! il y a un train à cinq heures ! Et ici, à la grâce de Dieu ! dit Tchirikov en riant.

— Je vous jure, dit gaiement Lévine, que je ne puis trouver dans mon âme la moindre trace de regret pour ma liberté perdue !

— Oui, votre âme est actuellement un tel chaos que vous n’y pouvez rien trouver, dit Katavassov. Mais attendez qu’un peu d’ordre y soit rentré et alors vous trouverez !

— Non… Je sentirais bien un peu qu’à côté de mon sentiment… de bonheur, (il ne voulut pas dire devant eux, d’amour) je regrette ma liberté… J’éprouve au contraire une très grande joie à la pensée de cette perte de la liberté.

— Ça va mal ! Voilà un malade dont le cas est désespéré ! dit Katavassov. Eh bien ! buvons à sa guérison, ou au moins souhaitons-lui la réalisation d’une centième partie de ses rêves ; et ce sera déjà un bonheur tel qu’il n’en existe pas sur terre !

Peu après le dîner, les convives se retirèrent afin d’avoir le temps de faire leur toilette pour la cérémonie.

Resté seul, Lévine, se rappelant la conversation de ses amis, se demanda de nouveau s’il y avait en son âme ce sentiment de regret de la liberté