Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/24

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— Non, mais une femme m’empêcherait de les aimer.

— Pourquoi cela ?

— Vous le verrez. Tenez, maintenant vous aimez l’agriculture, la chasse ; eh bien, vous verrez !

— Aujourd’hui j’ai vu Archip, dit Tchirikov ; il m’a dit qu’à Proudnoié il y a beaucoup d’élans et deux ours.

— Eh bien ! vous les chasserez sans moi.

— Tu vois bien ! dit Serge Ivanovitch. Et dorénavant, dis adieu à la chasse à l’ours ; ta femme ne t’y laissera pas aller.

Lévine sourit. L’idée que sa femme ne l’y laisserait pas aller lui était si agréable qu’il était prêt à renoncer pour toujours au plaisir de la chasse à l’ours.

— C’est tout de même dommage qu’on prenne sans vous ces deux ours, dit Tchirikov. Vous souvenez-vous à Kopilovo, la dernière fois ?… Quelle belle chasse ce serait !

Lévine ne voulait pas le désenchanter, ni lui dire que sans elle il n’y avait pour lui rien de bon nulle part. C’est pourquoi il se tut.

— Cette habitude d’enterrer la vie de garçon n’est pas dépourvue de sens ! dit Serge Ivanovitch. Quelque heureux que l’on soit, on regrette toujours sa liberté.

— Avouez que, semblable au fiancé de Gogol, on éprouve l’envie de se sauver par la fenêtre.