Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/259

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— J’étais encore enfant ; je le sais par des racontars. Je me le rappelle alors… Il était extraordinairement séduisant. Depuis, je l’ai observé avec les femmes : il est aimable, quelques-unes lui plaisent, mais on sent que pour lui elles ne sont que des êtres humains.

— Mais Varenka… Il me semble qu’il y a quelque chose…

— Peut-être… Mais il faut le connaître… C’est un homme extraordinaire, admirable… Il ne vit que par l’âme. C’est un homme trop pur, son âme est trop haute…

— Tu veux dire que ce serait pour lui une déchéance ?

— Non, mais il est si habitué à sa vie solitaire, spirituelle, qu’il ne peut s’accommoder de la réalité, et Varenka, malgré tout, c’est une réalité.

Lévine avait l’habitude d’exprimer franchement sa pensée sans perdre la peine de la vêtir de paroles exactes. Il savait que sa femme comprenait dans ces cas ce qu’il voulait dire. Une allusion seule lui suffisait. Elle le comprit.

— Oui, mais il n’y a pas en elle la même réalité qu’en moi, par exemple. Je comprends qu’il n’aurait pas pu devenir amoureux de moi ; mais Varenka est toute spirituelle…

— Mais non… il t’aime beaucoup… Et je suis très heureux que les miens t’aiment…

— Oui, il est indulgent pour moi, mais…