Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/326

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ne la trompait pas : l’oiseau était là, à cinq pas au plus. Immobile, elle restait là, le flairant et jouissant de l’attente ; sa gueule raidie entr’ouverte frémissant légèrement, les oreilles dressées, l’une retroussée pendant la course, elle respirait profondément, mais avec précaution, et, avec plus de circonspection encore elle jetait les yeux vers son maître sans oser tourner la tête.

Celui-ci, avec une expression qu’elle connaissait bien, et des yeux qu’elle trouvait terribles, s’avancait, butant contre les racines, et, semblait-il à Laska, très lentement. Elle croyait qu’il marchait lentement et, cependant, il courait.

À l’attitude particulière de Laska aplatie contre le sol, comme si elle eût voulu ramer avec ses pattes de derrière, la gueule entr’ouverte, Lévine comprit qu’elle flairait la bécassine, et priant Dieu de toute son âme de réussir son premier coup, il courut vers elle. En approchant, il se mit à regarder et vit ce que Laska ne pouvait que flairer : à la distance d’une sagène, était tapie entre deux racines une bécassine qui, tournant la tête, écoutait ; puis écartant à peine et repliant aussitôt ses ailes, d’un mouvement gauche, elle disparut en tournant.

« Pile ! Pile ! » cria Lévine poussant Laska par derrière. « Je ne puis avancer, pensa Laska. Où irai-je ? De là, je les sens, et si j’avance je ne saurai plus où les prendre. » Mais son maître la poussa