Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/327

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du genou et dans un chuchotement ému lui dit : « Ma petite Laska, pile ! pile ! » « S’il y tient tant, soit, mais je ne réponds plus de moi », pensa-t-elle, et elle s’élança éperdue parmi les racines…

Maintenant elle ne sentait plus rien, ne comprenait rien, elle voyait seulement et entendait.

À dix pas de l’endroit qu’elle venait de quitter, une bécassine se leva avec son cri et son bruit d’ailes particuliers. Aussitôt un coup éclata et l’oiseau tomba lourdement, son ventre blanc contre le sol humide. Une seconde bécassine au même moment s’envola derrière Lévine sans attendre le chien. Quand Lévine se retourna, elle était déjà loin ; cependant il l’atteignit. La bécassine voleta encore un moment, puis vint s’abattre comme une boule sur un endroit sec.

— « Cette fois, ça va marcher ! » se dit Lévine mettant dans son carnier les bécassines chaudes et grasses. « Hé ! Petite Laska ! bien travaillé ! »

Quand Lévine, après avoir rechargé son fusil, s’avança dans le marais, le soleil était déjà levé, bien qu’on ne le vît pas à cause des nuages. La lune après avoir perdu toute sa clarté ne semblait plus qu’un petit nuage blanc dans le ciel, et toutes les étoiles avaient disparu. Les flaques d’eau argentées auparavant par la rosée reflétaient maintenant l’or ; la rouille avait des teintes d’ambre. Le bleu des herbes se transformait en un vert jaunâtre ; les oiseaux des marais s’agitaient dans les buissons