Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/336

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La princesse continua ses explications mais il ne l’écoutait plus. La conversation avec la princesse l’avait bien quelque peu agacé, mais là n’était pas la cause de sa méchante humeur : celle-ci résultait de ce qui se passait près du samovar.

« Cela ne peut durer ainsi ! » pensait-il jetant de temps en temps un coup d’œil sur Vassenka, penché vers Kitty et lui disant quelque chose qu’il accompagnait de son joli sourire, tandis qu’elle était émue et rougissante.

La joie de Veslovski, son regard, son sourire lui parurent inconvenants ; inconvenants aussi lui semblaient le regard et la pose de Kitty. Et de nouveau, la lumière s’éteignit à ses yeux. De nouveau comme la veille, il tomba soudain des hauteurs du bonheur, du calme et de la dignité, dans l’abîme du désespoir, de la colère, de la honte. De nouveau tout et tous lui devinrent insupportables.

— Princesse, faites comme vous l’entendrez, répéta-t-il de nouveau en se retournant.

— « Tu es lourde, ô couronne des Monomaques ! » [1] lui dit en plaisantant Stépan Arkadiévitch, faisant évidemment allusion non seulement à la conversation avec la princesse mais à la cause de l’émotion de Lévine qu’il avait remarquée.

— Comme tu descends tard, Dolly !

Tous se levèrent pour saluer Daria Alexandrovna.

  1. Dicton russe qui signifie que chaque position privilégiée, bien que satisfaisant l’ambition, est pénible.