Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/351

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hommes… Mais s’il survient une grossesse ?… » Et elle songea qu’il était injuste de considérer les douleurs de l’enfantement comme le signe de la malédiction qui pèse sur la femme. « C’est si peu de chose comparé à toutes les souffrances de la grossesse ! » Et elle se rappela sa dernière grossesse et la mort de son dernier enfant. Ce souvenir lui remit en mémoire son entretien avec la jeune femme de l’auberge. Elle lui avait demandé combien elle avait d’enfants et la paysanne lui avait répondu d’un ton dégagé :

— J’ai eu une fille, mais Dieu m’a déliée, je l’ai ensevelie pendant le carême.

— Et tu es triste ? avait demandé Daria Alexandrovna.

— Pourquoi ? le vieux ne manque pas de petits enfants. Ce n’est qu’un souci de plus. On ne peut ni travailler ni rien faire. Ce n’est qu’un fardeau.

Cette réponse avait paru monstrueuse à Daria Alexandrovna de la part de cette jeune femme au bon et joli visage. Mais maintenant, en se rappelant ces paroles, elle y trouvait une part de vérité.

« En résumé, pensa Daria Alexandrovna se rappelant ses quinze années de mariage : les grossesses, l’abrutissement, le dégoût de tout et la laideur. Kitty, notre jolie Kitty, comme elle s’enlaidit et moi, en cet état je deviens hideuse, je le sais… Les couches, les souffrances, les douleurs atroces des derniers moments… Ensuite l’allaitement, les nuits