Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/448

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— Et comment va votre propriété ? demanda Lévine.

— Mais toujours avec perte, répondit le propriétaire avec un sourire résigné comme s’il n’en pouvait être autrement. Mais comment se fait-il que vous preniez part à notre coup d’état ? dit-il prononçant mal ce mot français. La Russie entière paraît s’y être donné rendez-vous ; nous avons des chambellans, peut-être des ministres, dit-il, désignant la belle personne de Stépan Arkadiévitch, qui en culotte blanche dans l’uniforme de chambellan marchait à côté d’un général.

— Je vous avouerai que je ne comprends guère l’importance de ces élections, dit Lévine.

Le propriétaire le regarda.

— Mais qu’y a-t-il à comprendre ? Et quelle importance peuvent-elles avoir ? C’est une institution désuète qui ne se maintient que par inertie. Regardez les uniformes, ils le disent assez. C’est une réunion de juges de paix, d’arbitres ruraux et non de gentilshommes.

— Pourquoi en ce cas y venez-vous ? demanda Lévine.

— Par habitude, pour entretenir des relations ; par une sorte d’obligation morale. Et à vrai dire, j’y joins aussi une question d’intérêt. Mon gendre désire se présenter comme conseiller de tutelle. Ils ne sont pas riches, il a besoin de se caser… Mais pourquoi des personnages comme ceux-ci y