Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/456

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avec un bon sourire. Mais il me semble qu’on vote. Allons.

Et ils se séparèrent.

— Je ne te comprends pas, dit Serge Ivanovitch, qui avait remarqué la sortie maladroite de son frère. Je ne comprends pas qu’on puisse manquer à ce point de tact politique. Décidément, nous autres Russes, en sommes dépourvus. Le maréchal de la noblesse de la province est notre adversaire ; et je te vois à tu et à toi avec lui, tu lui demandes de se représenter. Et le comte Vronskï… je n’en ferais pas mon ami. Il m’a invité à dîner, et je n’ai pas accepté, mais c’est un des nôtres, alors pourquoi s’en faire un ennemi ? Ensuite tu demandes à Névédovski s’il se présentera… Cela ne se fait pas.

— Ah ! je n’y comprends rien du tout, rien du tout ! Tout cela est sans importance ! dit Lévine d’un air sombre.

— C’est possible ; mais tu t’en mêles et tu gâtes tout !

Lévine se tut et ils entrèrent ensemble dans la grande salle.

Le maréchal de la noblesse de la province s’était décidé à poser sa candidature, bien qu’il sentît dans l’air les intrigues tramées contre lui et qu’il sût qu’il n’était pas le candidat de tous les districts. La salle était silencieuse.

Le secrétaire déclara d’une voix haute la candidature aux fonctions de maréchal de la noblesse,