Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/455

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— Oh ! oui ! fit distraitement Vronskï.

Un silence suivit pendant lequel Vronskï — puisqu’il fallait regarder quelque part — regarda Lévine : ses jambes, son uniforme, son visage, et remarquant ses yeux sombres, dirigés sur lui, pour lui adresser la parole, il dit :

— Comment se fait-il que, vivant toujours à la campagne, vous ne soyez pas juge de paix ? Vous n’êtes pas en uniforme de juge de paix…

— Parce que la justice de paix me semble une institution absurde, répondit d’un air sombre Lévine qui attendait l’occasion de causer avec Vronskï pour effacer sa grossièreté de tout à l’heure.

— J’aurais cru le contraire, dit Vronskï très calme mais un peu étonné.

— C’est un jouet, interrompit Lévine. Les juges de paix ne sont point nécessaires. Pendant huit années, je n’ai eu affaire à eux qu’une seule fois, et j’en ai obtenu un jugement contraire au bon sens. Le juge de paix réside à quarante verstes de chez moi, et pour une affaire de deux roubles, je dois envoyer un avocat auquel j’en donne quinze.

Et il raconta qu’un paysan qui avait volé de la farine chez un meunier, accusé de vol par celui-ci, le poursuivit pour calomnie.

Tout cela était maladroit, ridicule ; Lévine lui-même le sentait.

— C’est un tel original ! fit Stépan Arkadiévitch