Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/49

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— Moi, quand j’ai épousé Basile, j’ai fait exprès de mettre le pied la première sur le tapis. Et vous Dolly ?

Dolly était près d’elles, et les entendait, mais elle ne répondit pas. Elle était trop émue ; ses yeux étaient remplis de larmes et elle n’aurait pu prononcer une parole sans pleurer. Elle était heureuse pour Kitty et Lévine, et faisant un retour à son propre mariage, elle regardait Stépan Arkadiévitch tout rayonnant et oubliait le présent pour ne plus penser qu’à son premier et innocent amour.

Elle pensait non seulement à elle-même mais encore à d’autres femmes, ses amies, qu’elle se rappelait à cette heure unique et solennelle de leur vie, où, comme Kitty, elles étaient sous la couronne, le cœur plein d’amour, d’espérance et de vanité, ayant renoncé à tout leur passé pour aborder un mystérieux avenir. Au nombre de ces mariées qu’elle se rappelait, elle revoyait sa chère Anna, dont elle venait d’apprendre les projets de divorce ; elle l’avait vue aussi couverte d’un voile blanc sous la couronne d’oranger. Et maintenant ? « C’est étrange, affreux ! » murmura-t-elle.

Les sœurs, les amies, les parentes, n’étaient pas seules à suivre les détails de la cérémonie, des spectatrices étrangères étaient là, émues, retenant leur souffle dans la crainte de perdre un seul mouvement des mariés, un seul jeu de leurs physionomies, et elles répondaient avec dépit, ou même