Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/72

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


s’ils ne veulent pas représenter Dieu, mais un révolutionnaire ou un sage, qu’ils prennent Socrate, Franklin, Charlotte Corday, mais pas le Christ. Ils choisissent le seul personnage auquel l’art doive s’interdire de toucher…

— Est-il vrai que ce Mikhaïlov soit dans la misère ? demanda Vronskï qui pensait qu’en qualité de Mécène il devait venir en aide à l’artiste, que son tableau fût bon ou mauvais.

— Je ne crois pas. C’est un remarquable portraitiste. Avez-vous vu son portrait de madame Vassiltchikov ? Pourtant il me semble qu’il a renoncé au portrait ; c’est peut-être pour cela qu’il est en effet dans le besoin. Je disais que…

— On pourrait peut-être lui demander de faire le portrait d’Anna Arkadievna ? demanda Vronskï.

— Pourquoi le mien ? dit Anna. Après le tien je n’en veux pas d’autre. Faisons plutôt celui d’Annie (elle nommait ainsi sa fille) ; la voici… ajouta-t-elle en regardant par la fenêtre la belle nourrice italienne qui promenait l’enfant dans le jardin. Et aussitôt elle jeta un regard furtif du côté de Vronskï. La belle nourrice, dont Vronskï avait peint la tête pour un de ses tableaux, était le seul point noir dans la vie d’Anna. Vronskï, en faisant son portrait, avait admiré sa beauté et son type moyen-âge, et Anna n’osait s’avouer qu’elle craignait d’en être jalouse ; aussi s’en montrait-elle d’autant plus affectueuse pour elle et son petit garçon.