Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/74

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les historiens, les philosophes, et vous comprenez tout le travail intellectuel qui en résultait pour lui. Mais chez nous, c’est plus simple ; on s’adresse à la littérature négative et on s’assimile très facilement un extrait de cette science-là. Et encore, il y a vingt ans, on pouvait trouver dans cette littérature des traces de la lutte contre les autorités, contre les traditions séculaires, on apprenait par là qu’il y avait eu autre chose. Maintenant, on ne se donne même plus la peine de combattre le passé, on se contente des mots : néant, évolution, sélection sexuelle, lutte pour l’existence, et c’est tout. Moi, dans mon article…

Anna, qui depuis longtemps échangeait des regards avec Vronskï et voyait que celui-ci ne s’intéressait nullement à l’éducation de ce peintre, et ne pensait qu’à lui venir en aide en lui commandant un portrait, interrompit résolument le discours animé de Golinitchev.

— Savez-vous ce qu’il faut faire ? dit-elle. Allons chez lui.

— Golinitchev se reprit et y consentit avec plaisir, et comme le peintre habitait dans un quartier éloigné, ils se firent conduire chez lui en voiture.

Une heure plus tard, Anna, assise à côté de Golinitchev, et Vronskï en face d’eux, sur le strapontin, arrivaient devant une maison neuve assez laide.

La femme du portier leur dit que Mikhaïlov per-