Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/99

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XIV

Lévine était marié depuis deux mois. Il était heureux mais autrement qu’il ne l’avait pensé. À chaque pas, c’était le désenchantement de ses anciens rêves mais aussi un nouvel enchantement imprévu. Il était heureux mais la vie conjugale, telle qu’il la découvrait à chaque instant, n’était pas du tout ce qu’il s’était imaginé. À chaque instant il éprouvait ce qu’éprouverait un homme qui, ayant admiré la marche calme et régulière d’un bateau sur un lac, voudrait le diriger lui-même ; il sentait qu’il ne suffisait pas d’être assis dans le bateau, immobile, mais qu’il ne faut pas perdre de vue un moment la direction, que l’eau est là, sous l’embarcation, et qu’il faut ramer, ce qui est dur pour des mains qui n’en ont pas l’habitude. Il sentait que s’il est facile de regarder, l’action, bien que loin d’être dépourvue d’agrément, est très difficile.