Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/100

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Étant célibataire, il lui était arrivé de rire intérieurement des petites misères de la vie conjugale : querelles, jalousies, mesquines préoccupations. Il était persuadé que rien de pareil ne se produirait dans son futur ménage, il lui semblait même que jamais sa vie de famille ne ressemblerait à aucune autre. Et voilà qu’au lieu de cela sa vie de famille était remplie de ces mêmes petites choses qu’il méprisait tant auparavant et qui maintenant prenaient pour lui une importance extraordinaire et indiscutable. Et Lévine voyait que toutes ces petites choses n’étaient pas aussi faciles à arranger qu’il se l’imaginait autrefois.

Lévine croyait posséder les idées les plus exactes sur la vie de famille ; comme tous les hommes il s’était imaginé y rencontrer les satisfactions de l’amour exempt de tous soucis mesquins. Il s’imaginait qu’il n’aurait qu’à faire son travail et trouverait le repos dans l’amour ; sa femme devait se contenter d’être aimée. Il oubliait absolument qu’elle aussi avait des droits à une certaine activité personnelle, et grande fut sa surprise de voir cette poétique et charmante Kitty, capable de songer dès les premiers jours de leur mariage aux soins du ménage, de veiller au linge, aux meubles, à la literie pour les chambres d’amis, au service, à la cuisine, etc. Quand ils étaient encore fiancés, il avait été frappé de la façon dont elle avait refusé de faire un voyage à l’étranger et décidé d’aller à la campagne comme