Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/103

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ce temps, à côté de ce mouvement d’idées et d’observations dont j’ai parlé, mon cœur souffrait d’un douloureux sentiment, que je ne puis appeler autrement que la recherche de Dieu.

Je dis que cette recherche de Dieu n’était pas un raisonnement, mais un sentiment, parce que cette recherche découlait non de la marche de mes pensées, — elle lui était même tout à fait opposée, — mais du cœur. C’était comme un sentiment de crainte, d’abandon, d’isolement, au milieu de tout ce qui m’entourait et qui m’était étranger, avec, en même temps, l’espoir en un être quelconque.

J’étais absolument convaincu de l’impossibilité de prouver l’existence de Dieu (Kant me l’avait démontré, et j’en étais convaincu), néanmoins je cherchais Dieu, j’espérais le trouver, et, par une vieille habitude, j’adressais des prières à celui que je cherchais, et que je ne trouvais pas.

Tantôt je repassais dans mon esprit les raisons de Kant et de Schopenhauer sur l’impossibilité de prouver l’existence de Dieu ; tantôt, je critiquais ces raisons et les réfutais. La raison, me disais-je, n’est pas du même domaine de la pensée que l’espace et le temps. Si j’existe, la cause de mon existence existe aussi, ainsi que la cause de toutes les causes. Et cette cause primordiale est ce qu’on appelle Dieu. Je m’arrêtais à cette pensée et m’efforcais de tout mon être de concevoir la présence de cette cause.