Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/104

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Dès que je reconnaissais qu’il y avait une force au pouvoir de laquelle je me trouvais, je sentais immédiatement la possibilité de vivre. Mais je me demandais : « Quelle est cette raison, cette force ? Que dois-je penser d’elle, comment me comporter vis-à-vis de ce que j’appelle Dieu ? » Et ce n’étaient que des réponses connues qui me venaient dans la tête, « II est le créateur, le dispensateur. » Ces réponses ne me satisfaisaient pas ; je sentais que ce dont j’avais besoin pour vivre m’échappait. J’étais saisi d’effroi, et je commençais à prier celui que je cherchais de m’aider. Et plus je priais, plus il m’était évident qu’il ne m’écoutait pas et qu’il n’y avait personne à qui l’on pût s’adresser.

Le cœur plein de désespoir de ce qu’il n’y eût pas de Dieu, je me disais : « Seigneur, aide-moi, sauve-moi ! Seigneur, enseigne-moi, mon Dieu ! » Mais personne ne venait à mon secours et je sentais que ma vie s’arrêtait.

Cependant, toujours et toujours, par divers autres raisonnements, j’arrivais à cette même conconclusion : que je ne pouvais être au monde sans une raison, un sens, une cause ; que je ne pouvais être l’oiselet tombé du nid que je me sentais. Et si même je suis un oiselet tombé sur le dos et criant dans l’herbe haute !… Mais si je crie, c’est parce que je sais qu’une mère m’a porté en elle, réchauffé, nourri, aimé. Où est-elle donc, cette mère ? Si l’on m’a abandonné, qui m’a abandonné ? Je ne puis me