Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/112

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


nant, au contraire, je savais indubitablement que ma vie n’avait et ne pouvait avoir aucun sens, et les arguments de la foi non seulement ne me paraissaient plus inutiles, mais, par une expérience irréfutable j’étais amené à la conviction qu’eux seuls donnaient le sens de la vie. Auparavant je les regardais comme un charabia absolument inutile, maintenant, au contraire, si je ne les comprenais pas, je me disais qu’ils avaient un sens et qu’il fallait apprendre à les comprendre. Je faisais le raisonnement suivant.

Je me disais : la connaissance de la foi prend sa source, ainsi que toute l’intelligence humaine, dans une origine mystérieuse. Cette origine, c’est Dieu, le commencement du corps humain aussi bien que de son intelligence. De même que mon corps me vient de Dieu, de même me viennent de lui mon intelligence et ma compréhension de la vie. Par conséquent tous les degrés de développement de cette compréhension de la vie ne peuvent être faux. Tout ce en quoi les hommes croient vraiment doit être la vérité. Elle peut être diversement exprimée, mais elle ne peut être un mensonge. Si elle me paraît être un mensonge, cela veut dire seulement que je ne la comprends pas.

Je me disais en outre : l’essence de toute religion consiste en ce qu’elle attribue à la vie un sens qui n’est pas détruit par la mort. Pour que la foi puisse répondre à la question d’un roi mourant