Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/113

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dans le luxe, d’un vieil esclave épuisé de travail, d’un enfant naïf, d’un sage vieillard, d’une vieille à demi folle, d’une jeune femme heureuse, d’un adolescent passionné, de tous les hommes dans les conditions les plus différentes de la vie et de l’éducation, cette réponse, s’il y a une réponse à cette unique et éternelle question de la vie : « Pourquoi est-ce que je vis ? Qu’est-ce qui résultera de ma vie ? » cette réponse, bien qu’unique par essence, doit être infiniment variée dans ses manifestations. Plus elle est unique, plus elle est vraie et profonde, plus elle doit paraître étrange et monstrueuse, cherchant à s’exprimer conformément à l’éducation et à la situation de chacun. Mais ces raisonnements qui justifiaient pour moi l’étrangeté des pratiques religieuses étaient quand même insuffisants pour me permettre d’accomplir, avec la foi, qui était l’unique affaire de ma vie, des actes dont je doutais. De toutes les forces de mon âme je désirais être en état de m’unir au peuple dans tous les rites de sa religion. Mais je ne pouvais le faire. Je sentais que je me mentirais à moi-même, que je me moquerais de ce qui m’était sacré, si je le faisais.

C’est alors que vinrent à mon aide les œuvres récentes des théologiens russes. Suivant ces théologiens, le dogme fondamental de la foi est l’infaillibilité de l’Église. De la reconnaissance de ce dogme découle comme conséquence nécessaire la vérité de