Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/118

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Je ressentais cela plus vivement que jamais, quand j’assistais aux sacrements les plus ordinaires et qui passaient pour les plus importants : le baptême et la communion. Ici je me trouvais en présence d’actes non pas incompréhensibles mais, au contraire, absolument compréhensibles. Ces actes me paraissaient scandaleux, et j’étais amené au dilemme : ou mentir ou les rejeter.

Je n’oublierai jamais le sentiment douloureux que j’éprouvai le jour où je communiai pour la première fois après plusieurs années. Les services, la confession, les règlements, tout cela m’était compréhensible et produisait en moi la conscience joyeuse que le sens de la vie se dévoilait à moi. La communion, je me l’expliquais comme une action accomplie en souvenir du Christ et indiquant la purification du péché et l’acceptation complète de la doctrine chrétienne. Cette explication était-elle artificieuse ou non, je ne m’en rendais pas compte. J’étais si joyeux de m’humilier devant le confesseur, un prêtre simple, timide ; de mettre au jour toute la boue de mon âme, en me repentant de mes vices ; j’étais si heureux de me confondre en pensée, par l’humilité, avec ces Pères qui avaient écrit les prières ; j’étais si joyeux de me sentir en union avec tous les croyants, que je ne voyais pas l’artifice de mon explication. Mais quand je m’approchai des portes du sanctuaire, et que le prêtre m’obligea à répéter que je croyais que ce que j’allais avaler