Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/119

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était le vrai corps et le vrai sang du Christ, ce fut pour moi comme un coup de couteau au cœur. Je voyais là non seulement quelque chose de faux, mais une exigence cruelle imposée par quelqu’un qui, évidemment, n’avait jamais su lui-même ce que c’était, que la foi.

Maintenant je me permets de dire que c’était une exigence cruelle, mais alors je n’osais pas le penser. Je ressentais seulement une souffrance indicible. Je ne me trouvais plus dans la même situation que dans ma jeunesse, quand je pensais que dans la vie tout est clair. J’étais venu à la foi parce que, hormis la foi, je ne trouvais rien, absolument rien, que la mort. C’est pourquoi il m’était impossible de rejeter cette foi. Et je me soumis.

Mais je trouvai dans mon âme un sentiment qui m’aida à supporter cela : c’était l’humilité et la soumission. Je me suis humilié ; j’ai avalé ce sang et ce corps, sans aucun sentiment sacrilège, avec le désir de croire. Mais le coup était déjà porté. Et sachant d’avance ce qui m’attendait, je ne pouvais déjà plus revenir à cette cérémonie.

Je continuai à participer aux cérémonies de l’Église, car je croyais toujours que cette foi que je confessais était la vérité, et il m’arriva quelque chose, que je vois clairement aujourd’hui, mais qui, alors, me parut étrange.

J’écoutais le récit d’un paysan illettré, d’un pèlerin, sur Dieu, sur la religion, sur la vie, sur le