Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/122

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elles devenaient la base de ma vie, plus ces contradictions devenaient pénibles, sensibles, et la démarcation qui existait entre ce que je ne comprenais pas parce que je ne savais pas comprendre et ce qu’on ne pouvait comprendre autrement qu’en se mentant à soi-même, devenait d’autant plus nette.

Malgré ces doutes et ces souffrances, je tenais encore à l’orthodoxie. Mais parurent les problèmes de la vie qu’il fallait résoudre, et leurs solutions par l’Église, contraires aux principes mêmes de cette religion dont je vivais, m’obligèrent à renoncer complètement à la possibilité de toute communion avec l’orthodoxie. Ces problèmes étaient :

1o Le rapport de l’Église orthodoxe avec les autres Églises, avec le catholicisme et ce qu’on appelle les schismes. À cette époque l’intérêt que je portais à la foi m’avait rapproché des croyants de diverses confessions : des catholiques, des protestants, des vieux-croyants, des Molokhanes et d’autres. Parmi eux je rencontrais beaucoup de personnes moralement très supérieures, et vraiment croyantes. Je désirais être leur frère. Eh quoi ! La doctrine qui me promettait de nous unir tous par une seule foi, un seul amour, cette même doctrine, par la bouche de ses meilleurs représentants, me disait que toutes ces personnes vivaient dans le mensonge, que ce qui leur donnait la force de vivre n’était que la tentation du diable, que nous seuls possédions la seule vérité possible !