Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/124

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ce fait dès le premier moment. On se dit : il n’est pas possible qu’ils ne voient pas ce qui est si simple, que si deux affirmations se nient l’une l’autre, alors ni l’une ni l’autre ne renferme cette vérité unique, qui doit constituer la foi. Il y a là quelque chose, une explication quelconque s’impose.

Ayant pensé cela, je me mis à chercher cette explication. Je lisais tout ce que je pouvais sur ce sujet ; je consultais tous ceux que je pouvais, et je ne recevais aucune explication, si ce n’est celle des hussards de Soumi qui croient que leur régiment est le premier du monde, tout comme les uhlans jaunes croient que le premier régiment du monde est celui des uhlans jaunes. Les prêtres des diverses confessions, les meilleurs d’entre eux, ne purent me dire qu’une chose : qu’ils se croyaient dans la vérité et que les autres étaient dans l’erreur ; et tout ce qu’ils pouvaient c’était de prier pour ceux-ci. J’allais voir les évêques, les archevêques, les vieux moines, je les interrogeais, mais aucun ne pouvait m’expliquer cette étrangeté. Un seul m’expliqua tout, mais d’une telle manière que je ne demandai plus rien à personne.

J’ai déjà dit que pour tout incrédule qui se convertit à la foi (et toute notre jeune génération subit cette conversion), la première question qui se pose est celle-ci : Pourquoi la vérité n’est-elle pas dans le protestantisme, ou le catholicisme, mais dans l’orthodoxie ? On lui apprend au lycée, il ne peut