Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/131

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Ce rêve me présenta en raccourci tout ce que j’avais ressenti et décrit. C’est pourquoi cette description rafraîchira la mémoire de ceux qui m’ont compris, expliquera et coordonnera tout ce qui est raconté si longuement en ces pages. Voici ce rêve.

Je suis au lit ; je ne me sens ni bien ni mal, je suis allongé sur le dos. Mais je commence à me demander si je suis bien couché. Il me semble que quelque chose me gêne aux pieds. Est-ce trop court, ou inégal ? Je ne sais, mais il y a quelque chose qui ne va pas. Je remue les pieds, et en même temps, je commence à me demander sur quoi je suis couché, alors que jusqu’à présent je n’y avais pas songé. J’examine mon lit et vois que je suis couché sur des sangles fixées aux côtés du lit. Mes pieds s’appuient sur une de ces sangles, mes jambes sur une autre ; mes pieds sont mal à l’aise. Je sais, — pourquoi ? je l’ignore, — qu’on peut déplacer ces sangles et, par un mouvement des pieds, je repousse la sangle extrême, qui est sous mes pieds. Il me semble que je vais être mieux ainsi. Mais je l’ai repoussée trop loin. Je veux la rattraper avec mes pieds ; à ce mouvement, l’autre sangle glisse de dessous mes genoux, et mes jambes pendent. Je fais un mouvement de tout le corps pour me remettre d’aplomb, sûr que je vais m’arranger. Mais ce mouvement fait glisser et déplacer sous moi les autres sangles, et je vois que l’affaire se gâte…