Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/141

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« On a tué quelqu’un ; on l’a dépouillé et jeté là. Si je m’approche seulement, je vais m’attirer une foule d’ennuis. » Il passe, contourne la chapelle, et perd de vue l’homme. Au bout de quelques instants il se retourne et voit que l’homme s’est écarté du mur, qu’il remue et semble le regarder fixement. Plus effrayé que jamais, le cordonnier pense : « Dois-je revenir sur mes pas ou me sauver ? Si je vais auprès de lui, il peut m’arriver malheur. Peut-on savoir quel homme c’est ? Sa présence ici me paraît suspecte. Il va me sauter à la gorge et je ne m’en tirerai peut-être pas. À supposer qu’il ne m’étrangle pas, j’aurai maille à partir avec lui ? Que faire d’un homme nu ? Je ne peux pas cependant me déshabiller pour le vêtir, lui donner mon unique habit. Que Dieu me tire de là ! »

Il avait dépassé la chapelle, mais sa conscience commençait à le tourmenter. Il s’arrête au milieu de la route : « Que fais-tu, Simon, se dit-il, que fais-tu ? Un homme se meurt sans secours, et toi, tu prends peur et t’enfuis. Serais-tu donc un richard ? Craindrais-tu donc d’être dépouillé de tes trésors ? Ah ! Simon, ce n’est pas bien ! »

Simon retourne et s’approche de l’homme.