Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/144

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— Sans doute, tout dépend de Dieu… Mais enfin, on va toujours quelque part. Où vas-tu ?

— Cela m’est égal.

Simon s’étonne. Cet homme n’a pas la mine d’un mauvais plaisant, sa voix est douce, mais il ne dit rien de soi. Simon songe que tout cela est bien étrange et il dit à l’homme.

— Eh bien ! Viens chez moi ; tu te réchaufferas un peu dans ma maison.

Simon s’approche de sa cour ; son compagnon marche à côté de lui. Le vent s’est levé, il transperce la chemise de Simon.

L’ivresse commence à se dissiper et il se sent transi ; il renifle, se serre dans sa jaquette et pense : « Me voilà bien ! En voilà une affaire ! Je pars pour acheter une pelisse, je n’ai plus même un cafetan en rentrant, et je ramène encore un homme nu. Matriona ne m’en fera pas compliment. »

En pensant à elle, Simon s’attriste ; mais en regardant l’homme, il se rappelle le regard qu’il lui a jeté derrière la chapelle, et son cœur tressaille de joie.