Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/143

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épaules, mais l’homme ne pouvait passer les manches. Simon les lui passa, ferma le cafetan, lui attacha la ceinture. Il voulut ôter son bonnet déchiré pour en coiffer l’homme, mais il se sentit froid à la tête, et pensa : « Je suis entièrement chauve, tandis que lui a de longs cheveux bouclés. » Il garda son bonnet : « Mieux vaut lui mettre les bottes », se dit-il.

Simon s’agenouilla devant l’homme, lui chaussa les bottes, puis lui dit :

— Eh bien ! Frère ! Voyons, secoue-toi un peu, réchauffe-toi. Nous n’avons plus rien à faire ici. Peux-tu marcher ?

L’homme restait debout sans parler, tout en regardant Simon avec douceur.

— Eh bien ! Pourquoi ne parles-tu pas ? Nous ne pouvons pas passer l’hiver ici. Il faut rentrer. Tiens, prends mon bâton ; appuie-toi dessus, si tu n’as pas de forces ; et en avant !

L’homme marcha, même très facilement, et ne resta pas en arrière.

Ils vont côte à côte, et Simon lui demande :

— D’où es-tu ?

— Je ne suis pas d’ici.

— Je connais les gens du pays. Comment te trouvais-tu là, derrière la chapelle ?

— Je ne peux pas le dire.

T’aurait-on fait du mal ?

— Non, personne ne m’a fait mal. Dieu m’a puni.