Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/146

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« Pourvu que le marchand ne l’ait pas trompé, il est si simple mon homme !… il ne tromperait jamais personne, lui, et un enfant lui en ferait accroire… Huit roubles, c’est une somme, on peut acheter une bonne pelisse avec cela, simple, bien sûr, mais une pelisse tout de même. L’hiver dernier était si dur : sans pelisse, impossible d’aller à la rivière, ou ailleurs. Ainsi il est parti, avec tout sur son dos, et moi, je n’ai rien à me mettre… Quel temps il y met ! Il devrait être de retour… Ne s’est-il point arrêté au cabaret, mon homme ? »

À peine Matriona a-t-elle pensé cela, que les marches du perron craquent, et que quelqu’un entre. Elle laisse son ouvrage et passe dans le vestibule. Elle voit entrer deux hommes : Simon et un autre paysan, tête nue, chaussé de bottes de feutre.

À son haleine, Matriona s’aperçoit tout de suite que Simon a bu.

« J’en étais sûre, se dit-elle. Il a bu. »

En le voyant sans cafetan, les mains vides, silencieux, gêné, le cœur manque à la pauvre femme.

« Il a bu l’argent, il est allé au cabaret, avec quelque galopin, et il l’amène ici. »

Matriona les laissa pénétrer dans l’izba et les suivit en silence. Elle vit l’étranger, jeune, maigre, vêtu de leur cafetan, sans chemise sous le cafetan et sans bonnet. Une fois entré, il resta immobile, les yeux baissés. Matriona pensa :