Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/147

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« C’est un mauvais garnement, il a peur. »

Les sourcils froncés, elle alla vers le poêle, attendant les événements.

Simon ôta son bonnet, et s’assit sur le banc, l’air bon garçon.

— Eh bien ! Matriona, nous donneras-tu à souper ? dit-il.

Matriona bougonnait entre ses dents. Elle s’arrêta près du poêle, immobile, regardant tantôt l’un tantôt l’autre, en hochant la tête. Simon voyant sa femme furieuse — mais qu’y faire ? — prit un air indifférent et, saisissant la main de l’étranger :

— Assieds-toi, frère, dit-il, et soupons.

L’autre s’assied sur le banc.

— Eh bien ! N’as-tu pas cuit ce soir ?

La colère gagne Matriona.

— J’ai cuit, mais pas pour toi. Tu as bu à perdre la raison. Il part pour acheter une pelisse et revient sans cafetan, et il amène encore avec lui un vagabond tout nu. Je n’ai pas de souper pour des ivrognes comme vous.

— Assez, Matriona ! inutile de tourner ta langue pour ne dire que des bêtises. Tu ferais mieux de me demander d’abord quel est cet homme.

— Commence par dire ce que tu as fait de l’argent ! reprit la femme.

Simon porta la main à sa poche et en retira les roubles.