Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/157

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sait à lui seul tout un coin de la pièce. Simon se leva, salua le monsieur avec étonnement. Jamais il n’avait vu un homme pareil. Simon lui-même était trapu, Michel, maigre, Matriona semblait une vieille bûche séchée. Cet homme semblait venir d’un autre monde : avec sa face rouge et pleine, son cou de taureau, il avait l’air d’être bâti en airain.

Après avoir soufflé avec force, il jeta sa fourrure, s’assit sur le banc, et dit :

— Lequel de vous est le patron cordonnier ?

Simon s’avança.

— C’est moi, Votre Seigneurie, dit-il.

Le monsieur appela son valet.

— Fedka ! apporte-moi le cuir.

Le domestique accourut avec un paquet. Le monsieur prit le paquet et le posa sur la table.

— Défais ce paquet, dit-il.

L’autre obéit.

Le monsieur montra le cuir à Simon, et dit :

— Écoute, cordonnier, tu vois bien ce cuir ?

— Oui, Votre Seigneurie.

— Te rends-tu compte de la marchandise que c’est ?

Simon tâta le cuir et répondit :

— La marchandise est très bonne.

— Oui, elle est bonne, imbécile ; tu n’as encore jamais vu pareille marchandise, c’est du cuir d’Allemagne, entends-tu ? Il vaut vingt roubles, ce cuir.