Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/166

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que les fillettes sont jolies, avec des yeux noirs, des joues roses, potelées ; les petites pelisses et les fichus sont gentils ; mais pourtant il ne peut comprendre pourquoi Michel les examine avec tant d’intérêt, comme s’il les connaissait déjà. Simon, de plus en plus surpris, cause avec la femme, fait le prix et prend les mesures.

La femme pose la petite boiteuse sur ses genoux en disant :

— Prends deux mesures pour celle-ci ; tu feras un soulier pour le pied bot et trois pour l’autre pied ; leurs pieds sont les mêmes ; elles sont jumelles.

Après avoir pris la mesure, Simon dit, en montrant la boiteuse :

— Pourquoi est-elle venue comme ça ? Une si jolie petite fille !

— C’est sa mère qui l’a estropiée.

Matriona se mêle à la conversation, curieuse de savoir qui est cette femme et qui sont ces enfants, et dit :

— N’es-tu pas leur mère ?

— Ni leur mère ni leur parente, ma bonne ; ce sont mes filles adoptives.

— Elles ne sont pas de ton sang et tu les choies ainsi !

— Comment ne pas les chérir ? Je les ai nourries de mon lait toutes les deux. J’ai eu un enfant aussi, que Dieu m’a repris ; je ne le dorlotais pas autant que celles-ci.

— À qui sont-elles ?