Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/167

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IX

La femme, devenue prodigue de paroles, se mit à raconter :

— Il y a six ans qu’elles sont orphelines ; le père fut enterré un mardi ; la mère mourut le vendredi. Orphelines de père avant de naître, la mère ne survécut pas même un jour à leur naissance. À cette époque, je vivais au village avec mon mari ; nous étions voisins, porte à porte. Le père, un jour qu’il travaillait seul dans les bois, fut écrasé par un arbre ; il perdait ses entrailles, si bien que, de retour au logis, il trépassa. Trois jours après, sa femme accoucha de ces deux petites filles ; pauvre et solitaire, elle n’eut personne pour l’assister, ni sage-femme ni servante. Elle accoucha seule et mourut seule.

Le matin j’allai pour la voir ; j’entre et je la trouve, la malheureuse, toute froide déjà. En