Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/17

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Mon détachement de la religion se fit comme il arrivait jadis et comme il arrive maintenant aux personnes de notre monde. Il me semble que, dans la plupart des cas, cela se passe de la façon suivante : les hommes vivent comme tout le monde vit, et tout le monde vit en se fondant sur des principes qui non seulement n’ont rien de commun avec la religion mais qui, le plus souvent, lui sont contraires. La religion n’a pas de place dans notre vie. Dans nos rapports avec le prochain, il ne nous arrive jamais de la rencontrer, et dans notre propre existence, nous ne la consultons jamais. La religion trouve son application quelque part, là-bas, loin de la vie et indépendamment d’elle. Si l’on se trouve en contact avec elle, c’est comme avec un phénomène extérieur, nullement lié à la vie.

D’après la vie d’un homme, d’après ses actes, maintenant comme alors, on ne peut jamais savoir s’il croit ou non. S’il y a une différence entre celui qui confesse ouvertement l’orthodoxie et celui qui la nie, elle n’est jamais à l’avantage du premier. Aujourd’hui comme alors, l’aveu et la pratique de l’orthodoxie se rencontrent le plus souvent chez des hommes stupides, cruels, et qui se jugent très importants ; tandis que l’intelligence, l’humilité, la droiture, la simplicité, le sens moral se rencontrent de préférence chez des gens qui se disent incrédules.

Dans les écoles, on enseigne le catéchisme et l’on envoie les élèves à l’église. On exige des fonction-