Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/173

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XI

Simon et Matriona comprirent alors qui ils avaient vêtu et nourri ; qui avait vécu sous leur toit. Ils pleuraient de crainte et de joie. L’ange leur dit encore :

— Je restai seul sur le chemin, seul et nu. Je n’avais connu jusqu’alors aucune des misères humaines, ni le froid, ni la faim. Je devins homme. J’eus faim, j’eus froid, et ne sus que devenir. Je vis une chapelle consacrée au Seigneur. Je voulus m’y réfugier ; la porte était cadenassée ; on ne pouvait entrer. Alors je m’assis sur le seuil, cherchant à m’abriter du vent. Le soir vint ; j’eus faim, j’eus froid ; je souffrais. Soudain, j’entendis des pas sur la route. Un homme venait, portant des bottes ; il parlait tout seul. Je vis pour la première fois la face mortelle de l’homme, depuis que moi-même j’étais devenu homme, et j’eus peur