Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/174

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de cette face, je me détournai. Je l’entendais qui se demandait : « Comment nourrir ma femme et mes enfants ? Comment, pendant l’hiver, se protéger contre le froid ? »

Je pensai : « Je péris de froid et de faim, et voilà, cet homme qui passe ne pense qu’à se vêtir, lui et les siens, avec des pelisses, et à se procurer du pain ; il ne saurait donc me nourrir. »

L’homme me vit ; il fronça les sourcils, devint plus terrible encore et passa… J’étais désespéré. Soudain, je l’entendis revenir, je le regardai et ne le reconnus plus : la mort qui était sur son visage avait disparu, il était redevenu un vivant, et je vis l’image de Dieu sur sa face. Il s’approcha de moi, me vêtit, me prit par la main et m’amena chez lui. Arrivés à sa demeure, une femme vint à notre rencontre, et elle parla. La femme était plus terrible que l’homme, l’haleine de la mort sortait de sa bouche ; le souffle mortel de ses paroles me coupa la respiration ; je défaillais. Elle voulait me chasser dehors, au froid, et je compris qu’elle mourrait elle-même en me chassant.

Tout à coup, son mari lui parla de Dieu. Aussitôt la femme se transforma. Pendant qu’elle nous servait à manger, et me regardait, je levai aussi les yeux sur elle : la morte était redevenue vivante, et je reconnus Dieu sur son visage. Alors je me souvins de la première parole de Dieu : Tu connaîtras ce qu’il y a dans les hommes. J’appris ainsi