Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/175

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ce qu’il y a dans les hommes : l’amour. Dans ma joie d’avoir la révélation d’une des paroles divines, je souris alors pour la première fois. Mais tout ne m’était pas révélé à la fois ; je ne comprenais pas encore ce qui n’est pas donné à l’homme, et ce qui fait vivre les hommes.

Je vécus chez vous une année ; l’homme vint commander des bottes, des bottes qui devaient durer un an sans tourner ni se déchirer. Je le regardai et vis près de lui un de mes compagnons, l’ange de la mort. Personne ne le vit, sauf moi. Je le connaissais, je savais qu’avant le coucher du soleil l’âme du richard serait emportée, et je pensai : l’homme prévoit pour une année à l’avance, et il ne sait pas qu’il doit mourir avant la nuit. Et je me rappelai la deuxième parole de Dieu : Tu connaîtras ce qui n’est pas donné aux hommes.

Je savais déjà ce qu’il y a dans l’homme, je venais d’apprendre ce qui n’est pas donné aux hommes. Il n’est pas donné à l’homme de connaître les besoins de son corps. Et je souris pour la seconde fois. J’étais heureux d’avoir aperçu mon compagnon l’ange et que Dieu m’eût révélé la deuxième parole..

Mais j’ignorais encore, je ne comprenais pas ce qui fait vivre les hommes. Je vécus ainsi, attendant la révélation de la dernière parole divine. La sixième année, la femme amena les jumelles ; je