Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/180

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suppliait en lui disant : Aie patience envers moi et je te paierai tout.

Mais il n’en voulut rien faire ; et, s’en étant allé, il le fit mettre en prison, pour y être jusqu’à ce qu’il eût payé sa dette.

Les autres compagnons de service, voyant ce qui s’était passé, en furent fort indignés ; et ils vinrent rapporter à leur maître tout ce qui était arrivé.

Alors son maître le fit venir et lui dit : Méchant serviteur, je t’avais quitté toute cette dette parce que tu m’en avais prié ; ne te fallait-il pas aussi avoir pitié de ton compagnon de service, comme j’avais eu pitié de toi ? Et son maître, étant irrité, le livra aux sergents jusqu’à ce qu’il lui eût payé tout ce qu’il lui devait.

C’est ainsi que vous fera mon Père Céleste, si vous ne pardonnez pas, chacun de vous, de tout cœur, les fautes de votre frère.

(Mathieu, xviii, 21 — 33.)


Il y avait dans un village un paysan nommé Ivan Stcherbakov. Il vivait heureux. Il était encore dans toute sa force, et on le regardait comme le meilleur travailleur du pays. En outre, il avait trois fils qui l’aidaient, l’un marié, l’autre fiancé ; le troisième, encore adolescent, commençait à labourer la terre.

La femme d’Ivan était entendue et bonne ménagère, et sa bru se trouva être aussi douce que travailleuse. Ivan aurait pu vivre très heureux avec toute sa famille. Il n’y avait de bouche inutile dans la maison que le vieux père malade (il était asthmatique, et depuis six ou sept ans il restait couché sur le poêle, sans bouger).

L’aisance régnait dans la demeure d’Ivan. Il