Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/182

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Une vétille fut la cause de tout.

La poule de la bru d’Ivan commença à pondre de bonne heure ; la jeune femme conservait les œufs pour la semaine sainte. Chaque jour elle trouvait un œuf sous le hangar, dans un caisson de charrette. Mais une fois, la poule, effrayée sans doute par les enfants, vola par-dessus la haie chez le voisin et y pondit. La jeune femme entendit chanter sa poule et pensa : « Je n’ai pas le temps en ce moment ; il faut que je nettoie l’izba pour la fête. J’irai tout à l’heure prendre l’œuf. »

Dans la soirée elle alla sous le hangar ; dans le caisson de la charrette, pas d’œuf. Elle demanda à sa belle-mère, à son beau-frère, s’ils ne l’avaient pas pris.

— Non, dirent-ils, nous ne l’avons pas pris.

Taraska, le frère cadet, lui dit :

— Ta poule a pondu dans la cour du voisin ; c’est là qu’elle a chanté ; et c’est de là qu’elle est revenue.

La jeune femme regarda sa poule et la vit à côté de son coq, les yeux mi-clos, sur le point de s’endormir. Elle aurait bien interrogé la poule, si elle avait pu dire où elle avait pondu.

La jeune femme partit chez sa voisine. La vieille vint à sa rencontre.

— Que veux-tu, ma fille ?

— Mais voilà, grand’mère, ma poule a volé chez vous aujourd’hui ; n’aurait-elle point pondu chez vous ?