Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/183

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— Nous n’avons rien vu. Nous avons ramassé nos œufs ; ceux d’autrui, nous n’en avons que faire. Nous autres, ma fille, nous n’allons pas dans la cour du voisin ramasser des œufs.

La jeune femme, mortifiée de ces paroles, dit un mot de trop, la voisine deux, et il y eut entre elles une prise de bec. La femme d’Ivan qui revenait de puiser de l’eau se mêla à la dispute. Alors la femme de Gavrilo sortit aussi et se mit à accabler sa voisine de reproches, lui jetant à la tête et le vrai et le faux. La querelle s’envenima. Toutes criaient en même temps, s’efforçant de dire deux paroles à la fois ; et autant de mots, autant d’injures…

— Tu es une ci… tu es une là… Tu es une voleuse… Tu es une roulure… Et le vieux, ton beau… père, tu le laisses crever de faim, tu le laisses nu !

— C’est toi qui es une voleuse… Tu m’as pris mon tamis et tu l’as vendu. Tu as gardé chez toi la palanche ; rends-la-moi.

On empoigne la palanche, on renverse l’eau, les fichus volent, on se crêpe le chignon.

Gavrilo qui revenait des champs prit la défense de sa femme, À cette vue, Ivan accourut avec son fils et se mit de la partie. Ivan était un gaillard robuste. Il bouscula tout le monde et arracha à Gavrilo une poignée de barbe.

Des gens intervinrent, et ce fut à grand’peine qu’on sépara les combattants.