Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/188

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Gavrilo voulut encore dire quelque chose, mais ses lèvres et ses joues se mirent à trembler, et il se détourna vers le mur. Le juge lui-même prit peur en le regardant : « Pourvu qu’il ne médite pas un mauvais coup contre lui-même ou contre le voisin ! » pensa-t-il.

Et le vieux juge leur dit à tous deux :

— Allons, mes amis, réconciliez-vous ; cela vaudra mieux… Toi, Gavrilo, n’es-tu pas honteux d’avoir frappé une femme enceinte ? Heureusement que Dieu l’a préservée, sans quoi de quel péché tu aurais chargé ta conscience ! Est-ce bien ? Est-ce bien, dis ? Reconnais ta faute devant lui, repens-toi et il te pardonnera ; et nous réformerons notre jugement.

Mais le secrétaire intervint :

— C’est impossible, dit-il, car la conciliation à l’amiable, prévue par l’article 117, ne s’est pas produite ; il y a maintenant chose jugée, et le jugement est exécutoire.

Le juge ne l’écouta point.

— Assez causé, fit-il. Le premier article, frère, est celui-ci : il faut avant tout obéir à Dieu, et Dieu a ordonné la réconciliation.

Et de nouveau il se mit à parler raison aux paysans.

Peine perdue : Gavrilo se montra intraitable.

— Dans un an j’aurai un demi-siècle, disait-il ; j’ai un fils marié, et je n’ai jamais été frappé par