Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/187

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pas sa requête : on était venu examiner la femme, elle était levée et ne portait nulle trace de coups.

Ivan courut alors chez le juge de paix qui l’envoya devant le tribunal du village. Là il se démena si bien, donnant au secrétaire et au président un demi-seau d’eau-de-vie douce, qu’il parvint à faire condamner Gavrilo aux verges.

Le jugement fut lu à Gavrilo. Le secrétaire lut : « … Le tribunal ordonne : que le paysan Gavrilo Gordéïev sera puni de vingt coups de verges sur le dos, en présence de l’assistant du tribunal. »

Ivan écoutait aussi. Il regarda Gavrilo. Qu’allait-il faire maintenant ? Gavrilo prêta l’oreille. Après avoir entendu la lecture, il devint blanc comme un linge, il se détourna et sortit dans le vestibule. Ivan le suivit. Comme il se dirigeait vers ses chevaux, il entendit Gavrilo qui disait : « C’est bon ; tu vas fouetter mon dos, et mon dos s’échauffera ; mais prends garde qu’il ne chauffe pour toi quelque chose de pire ! »

Aussitôt Ivan retourna auprès du juge.

— Juge équitable, dit-il, il me menace de l’incendie. Écoutez ce qu’il a dit devant témoins.

On appela Gavrilo.

— Est-il vrai que tu aies dit cela ?

— Je n’ai rien dit. Fouettez-moi, puisque vous m’y avez condamné. Je vois bien que moi seul dois souffrir pour la vérité, tandis qu’à lui tout est permis.