Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/191

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Vivions-nous ainsi, nous autres, son père et moi ? Comment vivions-nous ? En bons voisins… Il n’avait plus de farine ? La femme venait : — « Oncle Frol, il me faut de la farine. — Ma fille, va sous le hangar et prends ce dont tu as besoin. » Il n’avait personne à qui confier ses chevaux : — « Va, Ivan, charge-toi de ses chevaux. » Si je manquais de quelque chose j’allais chez lui : — « Oncle Gordéï, il me faut ceci ou cela. — Prends, oncle Frol. »

Voilà comment nous en usions entre nous ; et nous nous en trouvions bien… Mais aujourd’hui, que se passe-t-il entre vous ? Dans le temps un soldat nous parlait de Plewna : votre guerre à vous, n’est-elle pas pire que celle de Plewna ? Est-ce donc une vie que la vôtre ? Quel péché !… Toi, le maître, le chef de la famille, c’est toi qui réponds de tout. Et qu’apprends-tu à tes femmes, à tes enfants ? À vivre en chiens. Hier, Taraska, ce petit morveux, a dit les pires sottises à sa tante Anna, et sa mère en rit… Est-ce beau cela ? Est-ce donc bien ? Tu seras le premier à en souffrir. Songe donc un peu à ton âme… Tu me dis une injure, moi je t’en réponds deux ; est-ce ainsi qu’il faut agir ? Non, mon cher, Notre-Seigneur, lorsqu’il est venu sur la terre, ne nous a pas appris cela, à nous autres, pauvres sots. Quelqu’un te dit une mauvaise parole, ne lui réponds pas, et il en rougira lui-même. Voici ce que le Seigneur a enseigné : si quelqu’un te donne un