Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/192

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soufflet, tends l’autre joue : « Frappe-moi si je le mérite », et il en sera honteux ; il se repentira et se rangera de ton côté. Voilà ce qu’il nous a ordonné, et non d’être orgueilleux… Eh bien ! Pourquoi gardes-tu le silence ? N’est-ce pas la vérité ?

Ivan écoutait et se taisait. Le vieillard fut pris d’une quinte de toux si violente qu’il eut grand’peine à s’en remettre ; puis il continua :

— Penses-tu que Jésus-Christ est venu pour nous apprendre le mal ? Non ; c’est toujours pour nous, pour notre bien… Regarde quelle vie est la tienne. Te sens-tu mieux ou pire depuis que cette Plewna est entre vous ? Compte voir combien tu as dépensé en frais de justice, de voyages, de nourriture ? Tu as des fils, de vrais aiglons, tu n’aurais qu’à te laisser vivre, toujours arrondissant ton bien, tandis qu’il commence à diminuer, et pourquoi ? Toujours à cause de ton orgueil. Tu aurais besoin d’aller dans les champs avec tes enfants, semer le blé, et te voilà obligé de courir chez un juge ou chez un agent d’affaires ; et tu ne laboures pas au bon moment, tu ne sèmes pas en temps utile ; elle ne donne rien pour rien, notre mère nourricière. L’avoine, pourquoi n’a-t-elle pas réussi ? Quand l’as-tu semée ? Seulement à ton retour de la ville. Et qu’as-tu gagné ? Un souci de plus sur ton échine. Eh ! mon petit, ne t’occupe que de tes affaires. Remue la terre avec tes enfants ; reste chez toi. Si quelqu’un t’offense, pardonne-lui. Tu auras