Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/194

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menacées d’un membre du tribunal qui, soi-disant, protégeait Gavrilo. Il allait maintenant changer la face du procès, et d’abord le maître d’école avait déjà rédigé une autre supplique, au tzar en personne, contre Ivan. Dans cette supplique aucun détail n’était omis : et la cheville, et un certain carré de légumes, et le reste. La moitié des biens d’Ivan allait revenir à Gavrilo.

Ivan les écoutait et son cœur se glaçait de nouveau. Il ne voulait plus faire la paix avec Gavrilo.

Chez un paysan, il y a toujours quelque besogne à faire. Sans s’attarder à bavarder avec les femmes, il se leva, sortit de l’izba et s’en alla dans l’aire, sous le hangar. Pendant qu’il y faisait son travail, le soleil avait eu le temps de se coucher, et les garçons eux aussi étaient revenus des champs, où, à deux, ils avaient labouré la terre pour ensemencer le blé d’hiver.

Ivan vint à leur rencontre, les questionna sur leur ouvrage, les aida à tout arranger. Il mit de côté, pour le raccommoder, un harnais déchiré ; il voulait même rentrer les perches, mais il commençait à faire nuit. Il laissa donc les perches, fit manger les bêtes, et laissa sortir Taraska qui partait pour la nuit avec les chevaux.

« Il ne reste plus qu’à souper et à se coucher », pensa Ivan. Il prit le harnais déchiré et se dirigea vers l’izba. Il ne songeait plus ni à Gavrilo ni à ce que lui avait dit son père. Déjà il avait saisi l’an-