Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/198

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Gavrilo était là debout ; on le voyait tout entier. Comme un milan qui fond sur une alouette, Ivan se jeta sur le boiteux. « Je vais le ligotter, se dit-il, il ne s’échappera pas. »

Mais le boiteux, entendant sans doute ses pas, se retourna et — d’où lui vint cette agilité ? — se mit à sautiller comme un lièvre le long du hangar.

— Tu ne m’échapperas pas ! s’écria Ivan s’élançant à sa poursuite.

Il allait le saisir au collet, quand Gavrilo lui glissa des mains et l’empoigna par la basque de son habit. La basque se déchira et Ivan tomba. Il se releva vivement et se mit à crier :

— Au secours ! Au secours ! Arrêtez-le ! Et il continua sa poursuite.

Pendant qu’il se relevait, Gavrilo arrivait déjà près de sa cour. Mais Ivan le rejoignait et il était près de le saisir quand soudain quelque chose l’étourdit, comme si une pierre l’eût frappé au crâne. C’était Gavrilo qui, près de sa maison, avait soulevé une poutrelle en chêne, et au moment où son adversaire fondait sur lui, lui en avait asséné un coup sur la tête à toute volée.

Le coup l’assomma ; il en vit trente-six chandelles ; ses yeux se voilèrent et il chancela. Quand il revint à lui, Gavrilo n’était plus là. Il faisait clair comme en plein jour, et, du côté de sa cour, quelque chose crépitait et fusait comme une machine.

Ivan se retourna : son hangar de derrière était