Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/21

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



II

Un jour je raconterai l’histoire de ma vie, histoire touchante et instructive, pendant ces dix années de ma jeunesse. Je crois que beaucoup ont éprouvé les mêmes sentiments. De toute mon âme je désirais être bon, mais j’étais jeune, j’avais des passions, et j’étais seul, absolument seul pour chercher le bien. Chaque fois que j’essayais d’exprimer mon désir le plus intime : celui d’être moralement bon, je ne rencontrais que mépris et moqueries, mais aussitôt que je m’adonnais aux vilaines passions, on me louait, on m’encourageait.

L’ambition, l’amour du pouvoir, de l’argent, le luxe, l’orgueil, la colère, la vengeance, tout cela était respecté. En me livrant à ces passions, je devenais semblable à un homme, et je sentais qu’on était content de moi. Ma bonne tante, chez qui je vivais, et qui était l’être le plus pur au monde, me