Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/218

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village. À la vue du gérant tous s’écartaient de lui et se cachaient, qui dans sa cour, qui dans son potager, qui dans un coin.

Le gérant traversa ainsi tout le village et gagna la porte de sortie. Cette porte était fermée. Il ne pouvait l’ouvrir en restant sur son cheval. Il appela, pour qu’on vînt lui ouvrir, mais personne ne parut. Il mit donc pied à terre, ouvrit lui-même et se disposa à remonter en selle. Il posa le pied dans l’étrier, et comme il lançait l’autre jambe par-dessus sa monture, l’animal prit peur à la vue d’un porc et se heurta contre la barrière.

Le gérant était lourd. Il manqua la selle et vint donner du ventre contre la barrière. Il y avait là une perche pointue plus haute que les autres. Il fut précisément projeté sur cette perche. Il se déchira le ventre et tomba sur le sol.

Les paysans revenaient de leur travail. Des chevaux, en reniflant, se refusèrent à franchir la porte. Les paysans regardèrent, et aperçurent alors Michel Séménovitch, étendu sur le dos, les bras en croix, les yeux vitreux, les entrailles pendantes, et tout baigné dans son sang ; un sang que la terre ne buvait point.

Les paysans épouvantés menèrent leurs chevaux par une autre route. Seul, Pierre Mikheev descendit, s’approcha du gérant, et, le voyant mort, lui ferma les yeux. Aidé de son fils, il attela une charrette, y plaça le cadavre, et le conduisit à la maison du maître.