Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/245

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s’avançait sans s’en apercevoir, en jouant avec son bâton ; et il faisait jusqu’à soixante-dix verstes dans une journée.

Elisée arriva chez lui. Les travaux des champs étaient terminés. Les siens se réjouirent fort de le revoir. On commença par l’interroger. Comment et pourquoi avait-il perdu son compagnon ? Pourquoi, au lieu d’aller jusqu’au bout, était-il revenu au logis ? Elisée ne donnait pas de détails.

— C’est que Dieu ne l’a pas voulu, répondit-il. J’ai dépensé l’argent en route et j’ai laissé mon compagnon me dépasser. Et voilà… Je n’y suis pas allé. Pardonnez-moi au nom du Christ.

Elisée remit à sa vieille le reste de l’argent, et s’enquit des affaires de la maison. Tout allait bien : les choses s’étaient arrangées pour le mieux ; le ménage ne manquait de rien et tout le monde vivait en paix et en bon accord.

Les Efimov, ayant appris dans la journée le retour d’Elisée, vinrent demander des nouvelles de leur vieux. Élisée leur fit la même réponse :

— Votre vieux, dit-il, allait très bien. Nous nous sommes quittés trois jours avant la Saint-Pierre. J’ai voulu le rattraper, mais il m’est alors survenu force événements : j’ai perdu de l’argent, et il ne m’en restait plus assez pour continuer ma route. Alors je suis revenu…

On s’étonna qu’un homme aussi sage eût commis une pareille sottise : « Il est parti, il n’a pas atteint